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Trente ans et des poussières...
Un samedi soir au Rainbow. Alors que nous sommes tranquillement assis devant nos cocktails, Sylvie et moi discutons sérieusement. Combien de chances y a-t-il de rencontrer l’amour dans certaines boîtes? Moins vraisemblablement que de sortir d'une certaine boîte et de faire l’amour. Je détourne le regard vers la piste et souris en voyant les habitués s’amuser dans chaque coin de la salle. Soudain je vois arriver mon vingt ans et des poussières: le Cookie, jeune homme très mignon avec qui j’avais flirté la semaine précédente. Je sais d’emblée comment se déroulera la fin de soirée: le petit Cookie sera un parfait encas!
Le lendemain matin, réveillé par le magnifique soleil d’été, j’ouvre un œil nouveau sur la situation.
Mounir ne sait pas comment rompre avec DF, Sylvie collectionne les admirateurs, et je flirte avec un vingt ans et des poussières… Comment en étions-nous arrivés là? Alors que nous recherchions l’amour, nous voilà à mille lieux de notre point de départ. Etions-nous devenus les nouveaux célibataires? Ceux qui vivent sans se poser de question, qui profitent de chaque instant sans voir plus loin qu’un choix aux conséquences limitées?
Il était certainement plus facile de s’engager pour un soir que pour une éternité, et les chances de ruptures étaient nulles, ce qui rendait la «relation» beaucoup plus simple et appréciable, mais pouvions-nous réellement nous contenter d’à peu près quand le tout à fait était notre but?
Équilibre
Peut-être était-ce la chaleur qui engourdissait nos sentiments et enflammait nos sensations, peut-être était-ce l’effet de l’âge que de pouvoir se permettre de vivre ce que nous désirions, où nous le désirions, quand nous le désirions, quoi qu’il en fût nous étions coincés entre le vouloir et le pouvoir, sans être sous l’emprise de la tentation. À force de discussions entre amis, il semblait que nous étions passé de l’autre côté du miroir, comme si toutes ces nuits de liberté nous avaient enfermé dans une cage dorée, celle du plaisir, de la nonchalance et de la couardise.
À vingt ans, on rêve de pouvoir trouver une relation sérieuse mais l’on ne fait qu’accumuler les essais, les erreurs, et l’on s’amuse plus qu’autre chose entre rires et larmes. À trente ans, on sort, on se fait des restaurants, des sorties nocturnes et l’on essaie de mettre en pratique les leçons tirées de la décennie précédente. Mais au final, ne restons-nous pas tous les mêmes, retombant dans les mêmes pièges, reproduisant les mêmes erreurs?
Je me refusais à croire que nous avions baissé les armes. J’étais sûr que Mounir finirait par rompre, que Sylvie saurait faire le tri parmi ses admirateurs, et que je finirais par trouver le bon mec à la bonne place et au bon moment.
Puisque nous ne faisions qu’évoluer, ce qui était inscrit en nous ne pourrait jamais changer. Même si le romantisme était bien loin derrière nous, une partie restait qu’en même sur le chemin, et c’est bien l’amour qui finirait par arriver.
Un peu de temps et beaucoup de patience…
Révision du principe
Les jours passaient, comme l’été qui commençait à s’éloigner, tout semblait rentrer dans l’ordre.
Mounir avait pris son courage à deux mains, malgré une crainte profonde des conséquences de la rupture à venir, mais acculé par une profonde exaspération, et nous avions assisté à la fin d’une histoire pour quelques heures plus tard voir la naissance d’une nouvelle: exit DF, bonjour G!
Sylvie, qui semblait attirer les mauvais numéros de Charlestown, avait fait le tri dans ses contacts, effaçant ainsi toute trace des mauvais résultats que le net dating pouvait donner, et commencer une nouvelle addition sur son ardoise, pendant que je commençais à faire le tri dans mes pensées.
Durant ces dernières années, j’avais essayé de fuir la douleur plutôt que de l’accepter et de pouvoir passer outre. Kevin était sorti de ma vie par simple lâcheté de ma part. J’en avais fait de même avec Kenny. Cependant, au final, je réalisais que ces deux personnes qui avaient compté pour moi ne devaient pas être jetées dans l’oubli mais que ce lien que j’avais entretenu devait subsister, non pas parce que j’éprouvais de l’amour mais simplement parce qu’il était important.
De ce fait je conclus qu’il était nécessaire de reprendre contact et d’avoir le courage de regarder en arrière pour aller de l’avant. Le temps du pardon et de la reconnaissance était venu. Et c’est ici, à Charlestown, que je commençais à comprendre que le chemin serait long…
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