TOME III
Chaque année des dizaines de jeunes personnes quittent Charlestown. La raison ? Elle se décline sous trois versions : les études, l'argent ou l'amour. Qui n'a jamais voulu tenter sa chance dans une ville plus grande où les opportunités de trouver un travail seraient plus importantes ? Qui n'a jamais rêvé de trouver l'amour, même si cela rime avec déménagement, déracinement ? Nous nous fions à notre instinct, nous suivons notre cœur. Il faut parfois aussi écouter la raison ! Et ceci encore plus vrai lorsque nous parlons de relations amoureuses. J'aurais pu être une de ces personnes. Cependant la vie n'est pas une ligne droite, et sans aide il est difficile de s'y retrouver seul…
Dans cette jungle que peut représenter la ville, il faut savoir se battre ou se laisser avoir. Un choix judicieux et un exercice méthodique, surtout lorsque nous avons en face de nous un mec dont on ignore toutes les motivations, les intentions, et souvent les vices cachés. C'est pourquoi il est plus facile d'avoir auprès de soi les personnes les plus importantes au quotidien : ses amis. Je pouvais compter sur des appuis très solides et d'une valeur incommensurable !
Tout d'abord Gally, jeune femme qui était partie vivre à plusieurs kilomètres de Charlestown, par amour, mais qui n'était jamais loin, pour le meilleur et pour le pire…
Ensuite Sylvie, tombée du ciel comme un cadeau, qui avait déserté le quartier sombre du Theux pour la lumineuse Arches ; suspicieuse et indépendante, elle semblait toujours avoir l'œil pour remarquer ce qui n'allait pas. Cependant, le célibat était devenu son lot quotidien depuis plusieurs années…
Et pour finir Mounir. Il faudrait sûrement des pages et des pages pour parler de ce jeune homme enthousiaste, rêveur, et nonobstant bien ancré dans la réalité. Comment définir Mounir ? Tantôt amoureux transi, tantôt roi de la luxure. Etre célibataire pouvait le rendre mélancolique, mais il savait profiter de l'absence d'engagement pour gouter aux joies de la vie. Et tout cela très bien assumé ! Et aujourd'hui il avait trouvé l'amour…
Pour ma part, après avoir connu l'harmonie de la nature à Haybes avec Monsieur K, qui s'était terminée en drame, après avoir goûté à l'oisiveté rémoise avec Kenny, qui s'était finalement transformée en dur labeur au fil du temps (oisiveté qui signifiait " je m'en foutisme " pour cher mon ex), j'en revenais à la simplicité de Charlestown. Quand on a connu l'amour, il est évident qu'on ne peut nier qu'il sera toujours présent dans notre vie. Il convient cependant de savoir relativiser et tirer les leçons du passé : ne jamais sortir avec un mec qui a l'air trop parfait au premier abord, ne jamais s'engager avec un mec qui n'a pas fait son coming out (il ne s'agit pas toujours d'une question de courage mais parfois d'une question d'honnêteté et de maturité), et dans la mesure du possible éviter les relations à distance… Garder ceci en mémoire est la meilleure façon de progresser et d'écrire son histoire.
J'avais tourné une page importante de ma vie, et de fait, mis de l'ordre dans cette dernière. Sans Iphone et sans Mac, j'avais pris la décision de revenir à la plus grande simplicité avec mon Moto et un pc, d'être moi-même sans avoir à choisir la superficialité, pour qu'une nouvelle histoire puisse s'écrire, sans fautes et sans ratures. Rien ne serait jamais parfait, nonobstant la petite étincelle n'est jamais loin et, malgré tous les sentiments contradictoires qui peuvent nous traverser, sa source ne se tarira jamais.
Si trouver l'amour est difficile, le conserver l'est encore plus. La question que je me posais semblait avoir trouvé une réponse : le grand amour ne se trouvait pas. Les différents chapitres de ma vie me ramenaient inexorablement au même point, et je devais admettre que le célibat ne semblait plus un ennemi ; si il y avait un temps pour chaque chose alors la patience serait ma plus grande alliée. Pas de précipitation, mais pas de repos non plus. Il fallait mettre à profit ces soirées de liberté totale en compagnie de mes amis. En même temps il faudrait aussi ménager du temps pour moi-même. Ayant quitté un bois pour un autre, j'avais enfin mon " chez-moi ", havre de paix et de liberté. J'allais pouvoir commencer cette page vierge qui m'attendait, une cigarette à la main et un porto dans l'autre.
Certaines personnes quittent Charlestown par amour et d'autres restent par désillusion. L'important est de ne jamais regretter. Sentence très facile mais réalité plus difficile. Parfois la nostalgie m'empoigne quand je croise Monsieur K ou Kenny sur GP, cependant ce qui ne me tue pas me rend plus fort. " Les paroles s'envolent, les écrits restent ", alors les sentiments se diluent dans l'improbable réalité pour renaître sous une forme différente. Et c'est dans un futur immédiat ou plus distant qu'ils viendront éclairer nos journées, tel le soleil de Charlestown…
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