Philosophie et lendemains
Automne
Il est un spectacle fabuleux à Charlestown dès lors que l'automne apparaît: la magie des paysages colorés, jaunes, oranges, rouges, qui viennent contrastés l'éternel vert. L'hiver approche et nos cœurs se réchauffent à l'idée des fêtent à venir, de ces soirées entourés d'amis ou de la famille, et d'une nouvelle année qui commencera comme une nouvelle chance ou comme la suite d'une longue histoire. Chacun trouvera midi à sa porte, et d'autres attendront minuit avec impatience; tout dépendra de notre état d'esprit et de notre état émotionnel.
Ma philosophie du moment était devenue très simple: attendre que l'hiver passe dans mon cœur, et le laisser s'ouvrir de nouveau dès janvier. J'étais à mille lieux de vouloir rencontrer quelqu'un, parce que je savais qu'il était encore trop tôt. Bien sûr je n'étais fermé à aucune éventualité, cependant je savais en mon for intérieur que le temps viendrait et que je m'en rapprochais.
Alors que je répétais cette sentence, encore et encore, la question du carpe diem se posait autour de moi. J'entendais ici et là parler de cette notion qui me dépassait. Je ne serai jamais zen, et j'étais loin de l'épicurisme. Apparemment le flou des émotions, des envies, des prises de décisions n'était pas le seul apanage de Kenny. Après une rencontre inattendue, une personne de ma connaissance, Mlle U, vivait une relation nébuleuse, bien qu'heureuse et épanouie, mais dont le maître mot était le moment présent, ou plus exactement l'incertitude du lendemain. Dans ces moments-là il n'y avait que deux solutions: la patience ou la fuite. Bien évidemment, courageuse, elle avait choisi la patience! Et dans ce brouillard sentimental la seule lueur était l'attente d'un appel ou d'un message. Je n'en étais plus là. La résolution de passer à autre chose adoptée, j'avais dû faire avec le retour de Kenny, mais cette fois tout était clair: nous serions amis; et même si cette folle idée paraissait relever de l'inimaginable, de l'improbable, j'étais persuadé que cet amour qui nous avait unis ne pourrait que perdurer dans un lien libre de toute passion, jalousie ou autres maux. Ce serait une très jolie histoire, comme celle qu'apprécie Madame P, qui me faisait rêver lorsqu'elle me parlait de la ville des amoureux... Paris. Et moi qui ne me considérais pas comme un grand romantique je me prenais à songer à un long baiser place du Trocadéro.
Dans notre société actuelle tout est devenu consommable, sur place ou à emporter, maintenant ou sur rendez-vous, et ceci tend à promouvoir cette fuite du lendemain. Comme s'il fallait agir de suite, la plupart des gens ne se posent plus la question de l'avenir; les rendez-vous deviennent des «one shot»: on se voit, on baise, et le «on» disparaît.. jusqu'à ce que le «on» réapparaisse sous les trait de nouvelles personnes. Il est bien sûr tentant d'agir ainsi, mais ce n'est pas là un mode de vie qui conduira vers un bonheur pérennisé.
A l'air du développement durable, les seules choses qui pourront se vanter d'être encore là dans dix ans sont les cartes bancaires et les usines de préservatifs. Constat pas vraiment défaitiste mais réaliste s'il en est.
Cependant, il est important de se dire que nous sommes là, en ce monde, pour une durer courte, bien que différente pour tous, et c'est pourquoi nous ne devons pas jouer notre avenir sur un coup de poker, parce qu'à ce jeu il n'y a pas de joker.
Hiver
Alors que Noël approchait, il manquait ce petit quelque chose qui fait des fêtes des moments inoubliables. Peut-être était-ce dû à cette absence de neige, celle que j'attendais comme le pécheur attend sa confession, pour être purifier; cette trace blanche, presque immédiatement disparue dès qu'elle nous touche, comme si elle devait laver ce qui était resté sur nos peaux...
Cette année point de baptême hiémal.
Loin de tout péché, Mounir continuait ses tournées, et Sylvie tournait simplement les têtes.
Mlle U fut malheureusement victime de son choix; sa relation s'était terminée comme elle avait commencé, sans bruit et sans prévenir. Loin d'être une martyre, elle accepta cette fin douloureuse la tête haute: elle avait pris un risque, mais par amour, et c’était la plus belle – bien que la plus folle – des raisons.
L'hiver était rude pour certains mais encore plus pour d'autres.
Malgré ma décision d'attendre janvier pour que de nouveau mon cœur s'ouvre, j'eus le plaisir de faire la connaissance de personnes très sympathiques. Matthieu, Michaël, et Ketto. Dans l'obscurité de décembre, ils étaient les quelques petites lumières qui prouvaient que l'espoir était partout, même sur Gp, lieu incontournable des rencontres et d'un amour d'un soir... ou d'une vie. Parce que même si la plupart des personnes qui y «résident» ont perdu la foi, d'autres ont toujours cette certitude qu'un jour, quelque part,la rencontre arrivera. Était-ce le cas pour Kenny, que je croisais tous les jours sur ce site, sans une parole; avait-il gardé cette certitude? Allait-il se perdre dans la facilité des aventures sans lendemains, des plans sur le pouce? Cette fois j’espérais que non...
Pour cette nouvelle année je ne pouvais que souhaiter, de nouveau, que chacun réalise ce qui lui est le plus cher, que l'amour soit dans chaque cœur et dans chaque maison, que la paix ne soit plus une idée mais une réalité.
Pour ma part je m'en remettais à demain. Et pour conclure 2011 il fallait aller de l'avant. Ainsi, Sisi et moi allions déserter la ville pour fêter dignement la fin d'un chapitre et le début d'une nouvelle aventure...
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