Fraîcheur estivale
Le soleil s'était enfin installé et semblait se plaire à caresser Charlestown de ses rayons embrasés. Les corps se dénudaient et la ville se réveillait finalement. Quand vient l'été un vent de folie souffle toujours dans notre chère cité. Les filles sortent les jupes, les garçons leur shorts, et d'autres plus encore. Est-ce que l'esprit s'enflamme dès que la température monte ? La réponse paraît évidente.
Trois semaines de vacances venaient de se terminer, mais le temps n'avait plus d'importance. Chaque jour s'écrivait une nouvelle phrase de l'histoire et je sentais poindre au loin un chapitre important.
Ayant laissé le passé se décomposer, je trouvai l'équation finale de mes deux belles histoires. Monsieur K m'avait donné un aperçu de la vie de couple et de la difficulté de rester soi-même quand on doit être deux. Kenny, quant à lui, m'avait remis sur la bonne voie, et m'avait fait réaliser qu'il ne servait à rien de se battre contre des moulins à vent : quand une relation est faite pour durer il n'est pas nécessaire d'utiliser de l'huile de coude. Et c'est par une belle après-midi de juillet que la page s'était réellement tournée, lorsqu'encore moite j'avais raccompagné Monsieur C à la porte, mes yeux plongés dans son regard de braise, mes lèvres humides venant à peine de quitter les siennes. Il restait encore beaucoup de choses à faire, à dire, à écrire, et chaque instant allait devenir un délice. Les mains expertes de cet amant des bonnes occasions avaient effacé mes doutes, mes peurs, et ravivé mon esprit. Je m'étais éloigné de ce chemin cartésien que j'avais moi-même tracé. Mais était-ce vraiment la meilleure façon de vivre ? Ne fallait-il pas plutôt laisser faire les choses et ne s'attendre à rien ? Conscient de m'être fourvoyé je pris donc le parti d'être fidèle à moi-même mais de ne pas m'imposer de voie. Charlestown regorgeait de surprises, d'aventures, et je devais profiter de cette liberté chérie qui nous était accordée à tous… Et je n'étais pas le seul à en jouir !
Chronique exotique du célibat
Mounir semblait le plus heureux des hommes. Avec Monsieur Double Face il avait trouvé l'équilibre parfait : sexe et simplicité. En effet, ce petit étudiant semblait avoir tout pour séduire mon cher ami : un caractère facile, des sentiments très forts, et une prédilection pour les matelas. Celui dont on aurait pu dire qu'il sortait d'une église avait bien des secrets, et Mounir les découvrait avec délice, et pour ce genre de confessions le prêtre aurait pu s'appeler carole Rousseau.
Un vent d'hédonisme soufflait donc dans chaque rue, et Sylvie n'était pas en reste. Il est vrai que son appartement aurait pu servir de sauna tellement la chaleur était étouffante, mais le pire devait se trouver dans sa chambre : Sainte Sissi cachait dans cette pièce le feu de l'Enfer! Loin d'être une adepte de la luxure, elle s'était laissé aller à la moiteur des après-midi où l'on se détend à l'ombre, accompagné du parfait accessoire : un amant.
Malgré les plus saintes pensées, rien n'était plus honteux que de croire que chercher le grand amour rimait avec chasteté. Il m'était d'ailleurs arrivé de discuter avec un trente ans et des poussières qui, célibataire plein d'espoir, s'interdisait toute relation sexuelle avec une personne pour laquelle il n'aurait aucun sentiment : c'était la fameuse abstinence romantique, aussi appelée " coup de la ceinture ". Alors que nous comparions nos opinions, je m'interrogeais sur la vision que pouvaient avoir les gens sur le sexe. Je me remémorais les visages décomposés de mes collègues alors qu'elles venaient d'entendre le mot " amant " sortir de ma bouche, et confronté au dire de mon interlocuteur je concluais que le fait de pratiquer le sexe sans être en couple était mal perçu. Il était possible de parler de prouesses avec son mari, son petit ami, mais lorsqu'il s'agissait d'amant le couperet tombait : c'est mal !
Les célibataires étaient devenus des pêcheurs condamnés à jouir dans l'ombre. Cela faisait près d'un demi-siècle que le premier sex shop avait ouvert ses portes, et presque quarante ans qu'il s'était incrusté dans le paysage urbain, cependant les pratiques sexuelles s'installaient difficilement. Heureusement qu'une certaine chaîne proposait une émission spécialement à but didactique : le sexe c'est bien.
Nous n'irions peut-être pas au Paradis, mais nous avions trouvé le nôtre : le Rainbow. Nouvellement installée, cette boîte rassemblait tous les lieux communs et toutes les personnes qu'il était possible de croiser sur GP, nonobstant elle n'était pas une énième boîte " gay-friendly " mais le seul endroit où tout était possible sauf le cassage de pd. Nous n'allions pas remercier Dieu mais juste cette femme qui se reconnaîtra peut-être.
Ici, à Charlestown, entre cocktails et demi fraise, entre rires et larmes, l'infini s'étalait devant nous. Chacun chez soi, ou tous ensembles, les heures ne compteraient plus. L'été était là, et la chaleur nous consumerait, comme le péché qui picote la peau. Il faudrait cependant garder le cœur plus frais, sous l'arc-en-ciel, incontournable rendez-vous…
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