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Feeling Bulles Un mardi midi habituel. Samuel et moi attendons Nicolas au Kévin pour le déjeuner. Nicolas est un jeune homme de 28 ans, dont j'ai fait la connaissance sur Gp ; introverti, rêveur et droit comme la justice, il représente à lui seul le cliché de l'homosexuel catholique et bourgeois. Il le sait, il l'assume, on l'adore. Lorsqu'il arrive, Samuel est déjà en train de relater sa dernière nuit de folie. « - Je vois que je tombe à point nommé, dit Nicolas en s'asseyant. » Je souris en espérant qu'il ne se referme pas sur lui. « - Tout à fait ! s'exclame Samuel, un peu contrarié. Imagine que tu rencontres Jordan Fox et qu'il t'invite chez lui, tu serais on ne peut plus excité, non ? - Jordan qui ? demande notre jeune ami. - Jordan Fox, l'acteur gay du moment ! » Je regarde Nicolas en levant les mains d'un air entendu. Dans le milieu gay cet acteur est très considéré, et doit être un très grand fantasme pour beaucoup, mais pour ma part je ne me souvenais pas de son visage, juste de sa réputation. « - Bref, reprend Samuel, je rencontre un mec fabuleux, beau, sexy, et nous allons chez lui. Après deux coupes de champagne je ne peux plus résister et nous passons dans la chambre. Et... le fiasco ! - L'alcool est souvent mauvais pour les relations sexuelles, dit timidement Nicolas, alias l'encyclopédie médicale. - Arrête je t'en prie ! Côté démarrage pas de problème, c'est plus sur la durée que ça a merdé ! - Un éjaculateur précoce ? Lancé-je, sourire aux lèvres. - Non. J'aurais préféré ! » Nicolas et moi nous regardons avec stupéfaction. Celui qui aurait été le champion du Koh-Lanta du sexe parlant ainsi est plus qu'étonnant. C'est le moment que choisit le serveur pour nous apporter nos apéritifs. « - Voir cette coupe de champagne devant moi me perturbe au plus haut point ! avoue notre ami. Mais j'ai besoin de ma dose ! ajoute-t-il avant de tremper largement ses lèvres. - Que s'est-il passé ? Interrogé-je. - Après de prometteuses préliminaires, qui, seules, m'avaient emmener au bord de l'orgasme, nous arrivâmes à mon moment préféré : la pénétration. - Ce n'est pas un but pour tout le monde ! S'exclame Nicolas. - Bon tu me laisses raconter ou tu prêches ? - Désolé. - Donc je le sens aller et venir en moi, et je me dis que j'aimerais que cet instant dur encore et encore ! Mais trente minutes plus tard, alors que le gel ne remplit plus son office et que la douleur pointe son nez, je l'entends dire « Je vais venir ! Je vais venir ! », et je reprends espoir. Cependant... une dizaine de minutes après il reprend sa sérénade et la douleur est telle que lorsque de nouveau le « Je vais venir ! Je vais venir ! » survient je me mets à crier « Alors dépêche toi d'arriver ! ». - Mon dieu Samuel tu n'aurais jamais dû dire cela ! » J'éclate de rire en voyant les têtes d'un côté abattu et de l'autre réprobatrice. Bien entendu les sujets abordés durant le repas furent moins pimentés que cette révélation. Installé devant mon ordinateur, une cigarette à la main, je me posai cette simple question : désirons-nous toujours réellement ce que nous cherchons à avoir ? En d'autres termes, est-ce que nos envies sont-elles vraiment le reflet de ce que nous sommes ou juste les témoins d'un moment de notre existence ? Quand on décide de trouver un Monsieur Q pour un moment sympa, nous n'imaginons rien d'autre que le plaisir que nous éprouverons et la satisfaction finale, cela est humain nonobstant cela ne représente pas ce que nous voulons de manière intrinsèque. Samuel avait beau être un roi de la bagatelle, il avait ses limites, et ceci valait pour chacun d'entre nous et dans tout domaine. Vouloir quelque chose une fois ou de manière répétée relève de l'acquis, pas de l'inné. Et l'expression « tel est pris qui croyait prendre » s'en fait le témoin.... Contre exemple Alors que je me penchais sur ce sujet, un autre se penchait sur l'approfondissement d'une relation d'un mois. En effet, Nicolas sortait avec un jeune avocat très brillant et, comme à l'accoutumé, avait conservé la part du « mystère érotique » (traduction de cette citation de frère Nicolas : ils n'avaient pas encore consommé)., mais était sur le point de levé le voile. Jeudi soir, malgré le retard accumulé en ce qui concernait mes chroniques, je me laisse tenté par une invitation alléchante de mon ami le faux moine. Et lorsque je trouve Samuel assis dans un des fauteuils de cuir, un verre la main et un sourire pincé aux lèvres, je comprends que cela relève de la réunion de secours. Après m'avoir servi un verre de vin blanc moelleux à souhait, Nicolas s'installe sur son canapé et, le visage grave, commence sa confession. « - Vous vous souvenez de notre conversation de mardi ? - Eh bien ça dépend de quel partie chéri! déclare Samuel. - La partie concernant ton moment avec le type qui avait du mal à... comment dire... - A jouir ? » Je regarde Samuel, m'efforçant de lui faire comprendre qu'il valait mieux rester correct au vu du malaise de notre ami. « - Oui, voilà, finit par reprendre Nicolas. Vincent et moi avons franchit une nouvelle étape dans notre relation et... - Félicitations ! s'exclame Samuel. Je suis heureux pour toi ! - Et si nous laissions l'homme du jour continuer son histoire ? lancé-je, comprenant que si l'explication était délicate alors l'histoire n'en était sûrement que plus difficile. - Donc Vincent et moi avons fait l'amour. Cependant... C'était la catastrophe ! Emportés par le désir, la passion, nous avons abrégé les préliminaires et il a... il a joui au bout de deux minutes ! lâche Nicolas, les yeux emplis de larmes. » Je regarde Samuel, me mordant la lèvre inférieure, ce qui en général traduit mon sentiment d'impuissance. Nous nous levons et nous asseyons à côté de notre ami, l'entourant pour le soutenir face à ce qui pour lui relevait de la fin du monde. « - Ca arrive à tout le monde, ne t'inquiète pas, déclaré-je, essayant de lui faire digérer cette mauvaise expérience. - Je sais ! Mais le soir même, après un dîner d'un romantisme rare, nous avons de nouveau fait l'amour... et ça a été la même chose ! - Décidément ! S'exclame Nicolas. J'espère que tu avais prévu un film ! » Je me mets à rire mais me reprends aussitôt. « - Ne l'écoute pas ! Ca doit être l'excitation ! - La première fois tu te dis que c'est le stress ou l'excitation, mais la deuxième fois... tu te dis que c'est foutu ! réussit à dire Nicolas entre deux sanglots. J'ai des sentiments pour lui mais ça ne peut pas continuer comme ça... » Bien évidemment la soirée continue avec force de bouteilles de vin. Et si... Alors voilà qu'elle était la vérité sur ce qui nous habitait. Point de démon, point d'ange, point d'antagonisme, juste des paradoxes. En repensant à Nicolas je compris que malgré nos rêves, nos aspirations, nos espoirs, il y avait cette réalité physique, qui contrastait par ce côté animal, pragmatique avec toutes les chimères, les utopies qui nous paraissaient atteignables. Ce que nous désirons n'est que le polaroid de ce que nous sommes à un instant T de manière générale, et cette image, parfaite ou presque, ne saurait exister en tant que telle. C'était la leçon que Nicolas avait tiré et qui désormais l'empêcherait de sous estimer l'importance du sexe dans une relation, aussi romantique soit-elle. Quant à Samuel il décida de ne plus exclure aucun homme de sa liste des « AP » (comprendre « amants potentiels »), et d'oublier son système de classement AB, B, BU (« absolument baisable », « baisable », « baisable en cas d'urgence ») pour simplement agir. Pour ma part je continuai à écrire, laissant de côté mes rêves de rencontrer l'amour pour laisser l'amour me rencontrer. Et, sans plus essayer d'imaginer le visage de l'homme de ma vie, je me concentrai sur les réels rapports entre personnes, discutant avec ceux qui réussirent à m'interpeller.
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