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Chroniques ordinaires 1. CHARLESTOWN La première fois que je suis sorti en “boîte gay”, c’était en 2002 avec Gally. Après une rencontre improbable, nous étions vite devenus inséparables. C’est lorsque je lui confiai que j’étais homosexuel (avec une énorme appréhension quant à sa réaction), qu’elle décida qu’il était temps de m’extravertir un peu. Je découvris alors ce qu’était l’univers nocturne de mes “semblables”. Comme Alice au fond du terrier je scrutais ce qui m’entourait pour mieux m’en émerveiller: chacun trouvait ce qu’il désirait, sans limite, sans gêne, sans honte. Au bout de quelques jours je compris qu’il n’était pas difficile de s’intégrer dans ce cercle, mais qu’il était facile de perdre sa propre intégrité. C’est à cette époque que je fis la connaissance de Mounir. Résident permanent des lieux, il connaissait tout le monde et était à son aise quand il s’agissait de parler aux nouveaux venus. Un lien se créa qui a toujours tenu bon. En 2008, alors que je traversais de grands moments de remise en questions, je fis réellement connaissance de Sylvie. Nous travaillions ensemble sans jamais nous être parlés. C’est à ce moment là que j’ai compris qu’il ne fallait pas juger les gens sur les apparences. Tout ceci était avant Seb&TC... Quand je regarde en arrière je réalise quelle chance j’ai. Aujourd’hui Charlestown revêt une forme différente à mes yeux. Ce n’est plus une petite ville perdue dans les Ardennes, mais une vaste piste où tous les genres se dansent, où chacun fait entendre sa voix, et finalement un énorme coeur qui bat. Et même si les temps changent, même si les choses évoluent, nous demeurons toujours semblables en nos fors intérieurs... et d’autres non! INITIATION Un samedi soir, assis à la terrasse du Caveau, Sam et moi buvons tranquillement un café. Jeune homme très sympathique, il vient d’arriver à Charlestown et n’est pas très au courant des choses de la vie réelle. Qui l’en blâmerait? - Quand je pense que j’ai rendez-vous avec un mec alors que je viens juste d’arriver! Les ardennais sont très chaleureux! - Si tu savais! dis-je avec un sourire plein de malice. - Peut-être le connais-tu? Il s’appelle Damien. Je réfléchis tranquillement. Le seul Damien que je connaisse est hétéro... Et j’avoue que je prendrais assez mal le fait qu’il décide de tenter quelque chose avec un autre. - Non je ne vois pas. Et il habite Charlestown? - Pas du tout, il vient de Nouzonville! s’exclame Sam, ravit. Aïe! Je souris, mais, cette fois, un peu forcé. - Tu vas passer une excellente soirée dans ce cas! Pleine de fraîcheur! lancé-je, plein de surenchère. Mon nouvel ami saisit sa tasse et soupir tout en souriant avant d’avaler une gorgée. Bien évidemment je l’eus au téléphone dès le lendemain matin! - Pourquoi ne pas m’avoir averti que j’allais avoir une surprise? C’était horrible! “Il faut être pris pour être appris” sont les seuls mots qui me viennent à l’esprit. - Je suis désolé. Tu avais l’air tellement heureux que je ne voulais pas gâcher ta soirée... - Ne t’inquiète pas! Après être allés marcher, nous avons décidé de prendre un verre, au bout d’une heure de sous-entendus, que je n’ai compris que ce matin, il m’a déposé et je l’ai invité à monter cinq petites minutes. Et là... Sam s’arrête. J’imagine déjà le pire! Je l’entends sanglotter. - Là... Il m’a demandé si je ne voulais pas... une petite friandise! Je lui ai répondu qu’à cette heure ci ce n’était pas conseillé, sur quoi il m’a dit “ne t’inquiète pas ma cochonne c’est sans sucre” avant de me tirer contre lui! - Quel horreur! dis-je en essayant de ne pas éclater de rire. Tu as réussi à t’en défaire? - Oui. Un coup bien placé et il est parti en courant! La lumière s’est faite. Sam venait d’une petite ville où tous les coups n’étaient pas permis. L’expérience avait été rude mais la leçon à la hauteur. Je voulais lui dire qu’il y en aurait des pires mais j’ai pensé: il est jeune, il apprendra. Le temps romantique où l’on se tenait par la main rue Sévigné en sortant de l’Xtrem à cinq heures du matin est bien révolu. Les seuls qui sortent désormais pendant la nuit sont les chats et les souris. Les bisexuels ayant pris une telle ampleur dans Charlestown qu’on pourrait se dire que la réserve à mecs est remplie pour de bon. Mais qui ne cherche pas de plans comprendra que la seule chose qui importe est la lumière. La nuit tous les chats sont gris et c’est au grand jour que chacun révèle sa vraie couleur, sa vraie nature. Et c’est ce qui prime sur le reste... Il ETAIT UNE FOIS... Je retrouve Sam quelques semaines plus tard. Il a troqué sa petite veste et sa chemise contre un débardeur éclatant de chez D&G. A l’entendre il s’est habitué à son nouvel environnement... la seule chose qui le trahisse à ce moment-là est la bombe lacrymogène qu’il cache dans son sac. - Je suis épuisé. Je n’arrête pas de sortir. Il y a tellement de mecs ici... - Tu comptes tous les essayer? m’exclamé-je en riant. - Mais non! Je veux juste trouver l’homme parfait, celui avec qui je passerai le restant de mes jours! dit-il en plissant ses yeux et en souriant. Je manque de m’étouffer avec la gorgée de mon GK. Etait-ce bien de l’ironie à l’instant? - Tu ne penses pas que tu devrais plus parler et moins sortir avec eux dans ce cas? demandé-je. - Parler ne dévoile pas tout de l’homme! se met-il à crier tout en explosant de rire. Et voilà que je comprends que Sam a réellement changé. Il aura vendu son auréole contre un jock strap! C’était donc l’effet que produisaient le mixe entre la liberté et les occasions. Néanmoins je n’arrive pas à croire que quelqu’un d’aussi réfléchi que lui aura cédé à ses démons. - Tu dois me comprendre, n’est-ce pas? Qu’y a-t-il de mieux que le sexe?? demande-t-il les yeux brillants. - L’amour! Voyant mon air serein et sûr de moi, Sam me salue et récupère son sac. Et en me penchant de plus près je réalise que ce n’est pas une bombe lacrymogène qu’il tente de soustraire aux regards, mais un gros tube de gel...
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