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Aime L’année 2010 allait se terminer… Celle des changements, des évolutions, des grandes décisions. Quand je regardais autour de moi je voyais que ces longs mois avaient porté leurs fruits. Du plus loin que je puisse voir jusqu’au plus profond de moi-même… Mounir avait trouvé une relation stable qui lui apportait tout ce qu’il fallait d’amour, de colère, d’exaspération et de dépendance. Bien que ce ne fût pas tous les jours roses, G et lui s’étaient trouvés pour, semble-t-il, ne jamais se perdre. Sylvie était devenue épanouie, splendide, et encore plus indomptable. Le papillon des villes avait déployé ses ailes pour voler de fleur en fleur, libre et insaisissable. Pour ma part, je voyais le monde autour de moi changer. Des amis rayonnaient de bonheur quand d’autres connaissaient une douleur atroce (une pensée très forte pour mon ami Alex). Croire c’est souvent se mettre en danger… Je me souvins alors de cette période où la religion avait une grande place dans ma vie : prière le soir, pensées altruistes et désintéressées, cierges brûlés toutes les semaines, visites à l’église… Et un jour j’avais ouvert les yeux : être croyant en un dieu n’était qu’un moyen de se rassurer, de se sentir protéger. Quand on a peur d’être seul, de mourir, quand on a besoin de réconfort, la religion était le meilleur remède. Dès cet instant, je fus surpris de découvrir le fanatisme plus ou moins poussé de certaines personnes. Ce qui m’avait fait sourire me faisait désormais vomir. Croire en Dieu, appliquer les préceptes, connaître les saintes écritures, cela ne rendait pas moins homme tout catholique. La nature humaine est bien complexe. Nous connaissons l’amour et apprenons la haine. Nous voulons le bonheur d’autrui mais devons placer notre bonheur en parallèle, ce qui implique souvent au premier plan. Parler de bons sentiments, tendre la main à l’autre, donner ce qu’il est possible à ceux qui ont besoin… et en 2010 la pauvreté, la précarité, l’antisémitisme, l’homo phobie, la xénophobie, et autres maux existent encore… J’avais acquis une nouvelle certitude : il fallait croire en soi, en l’autre, et surtout en l’amour. J’avais la foi la plus humaine possible. Quelle différence avec ces anciennes croyances ? Peut-être le fait d’avoir accepté qu’il n’y avait pas de manichéisme en ce monde. On ne pouvait pas créer une lutte entre le « bien » et le « mal » parce que ce serait une guerre perpétuelle. Une guerre contre nous-mêmes et contre le monde. Accepter sa part de « noirceur » c’est accepter de faire la paix avec soi-même, affranchi de toute torture morale quant au bien fondé de ses actions ; c’est se dire qu’on est libre de choisir sa voie, et de répondre des répercussions. Cependant la route est jalonnée de tentations, de dangers, et seul cet équilibre qui s’est installé peut permettre d’éviter tout péril… Croire c’est surtout ne pas perdre ce que certains appellent notre âme. En cette fin d’année, je concluais qu’il fallait ne pas perdre la foi, mais ne pas se laisser illusionner par ces images qui illustrent l’amour. Depuis notre enfance, on nous parle de ce sentiment comme de quelque chose de magique, d’unique ; les séries, les films, nous montrent la plupart du temps que tout se finit bien en amour, que rien n’est impossible. Mais cette vie en rose n’est peut-être qu’une chimère… ou la réalité de certaines personnes. En ce qui me concernait je n’avais plus envie d’une douceur sucrée mais plutôt acidulée. Kenny me manquait, et, bien que je fusse persuadé de ses sentiments, je ne pouvais lui pardonner cette énième trahison. Je ne savais pas moi-même qu’elle était la clé qui pourrait ouvrir mon cœur pour de bon, je ne l’avais jamais su. Monsieur K avait tenté de le conquérir sans succès. Kenny en avait fait de même. Mais dans ce futur, y aurait-il un nouveau changement ? Plus d’engagement, de sincérité, d’honnêteté ? Quoi qu’il en fût j’avais compris que lorsqu’on aimait profondément une personne la douleur n’existait plus tant que le sentiment perdurait. Malgré les souffrances, les doutes, il restait de l’espoir. Ainsi je décidais que pour 2011 il me faudrait lâcher prise, être plus souple, encore plus ouvert au monde, et surtout vivre. L’avenir nous appartenait. Et alors qu’une nouvelle page se tournait sur les histoires de Charlestown, une autre s’écrirait avec autant d’émotions que de surprises. Ailleurs comme à Charlestown le soleil allait de nouveau briller sur nos vies, et j’espérais qu’il serait doux, chaleureux pour chacun d’entre nous…
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