A la folie Samedi soir place Ducale: Sisi, Mounir et moi entamons la Nuit Blanche. Il fait bon, et il est très agréable de voir le monde réuni pour cette occasion spéciale. Notre chère place est transformée en labyrinthe et le vin blanc devient mon pire ennemi d’un seul coup puisque j’ai du mal à garder l’équilibre sur les pavés! La fête est au rendez-vous et nous rions de bon coeur comme à l’accoutumé. Mais la fête ne dure jamais qu’un temps... Alors que nous nous faufilions dans le labyrinthe, je fus amené à croiser le deuxième protagoniste de l’histoire d’amour très compliquée qui avait changé ma vie: Monsieur K. Bien que nous regards se croisèrent plusieurs fois, il ne fit rien pour me saluer. Peut-être ne m’avait-il pas reconnu... Ce fut plus tard, alors que j’étais plongé dans une observation minutieuse des livres exposés au premier étage du musée Rimbaud, que je compris que Monsieur K ne souhaitait simplement pas me présenter à son petit ami ainsi qu’à ses amis. Cela m’attrista et je dus reconnaître que mon orgueil en prit un coup. Le lendemain matin je me réveillai toujours obsédé par cette négation d’existence. Etait-il possible d’agir ainsi sans ressentir le moindre mal être? Si rompre était une fin pour un couple, était-ce aussi la fin de toute éventualité? Ne pouvait-on pas être un ex mais aussi un ami, ou simplement une personne à que l’on pourrait saluer et à qui l’on pourrait parler? Peu importaient les raisons, je me jurai de ne jamais agir comme Monsieur K... Et je pensai à Kenny! La colère qui m’habitait n’avait plus de raison d’être dès lors que je réalisais qu’elle était due à un lien qui n’avait plus d’existence en lui-même. Kenny avait sa vie et j’avais la mienne. Cependant il était hors de question que ce lien disparaisse, il fallait juste qu’il se transforme sans perdre sa force. Je me souvins de cette chronique dans laquelle je parlais de ces univers propres à chacun et de la fusion de ces derniers quand un couple se créait; après une rupture cet univers existe encore, transformé chemin qui relie chacune des deux personnes. Je devais lever la barrière que j’avais fortifiée pour que le pont soit libre et que nous puissions de nouveau parler... Ainsi je me mis à lui parler sur Bd. Quand j’ouvris la fenêtre après l’avoir débloqué je vis deux messages s’afficher: “tu me manques”, “je t’aime”. J’étais touché par ces déclarations sempiternelles, mais ses actes (inscription sur Bd et Gp et liste noire)en étaient parfaitement aux antipodes. Quoi qu’il en fût je me sentais libéré du poids des chaînes que j’avais placé. J’engageai la conversation sans savoir que je m’engageais moi-même sur une voie dangereuse! Son étonnement fut à la hauteur de celui suivant chaque prise de contact après les différentes ruptures. Seulement, je fus surpris de lire un “arrête de me harceler” (j’imaginais déjà la tête de Sisi devant cette phrase, puisque durant des semaines j’avais dû recevoir des textos à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit)! Surpris n’était pas le terme exact: je fus choqué. Avec une sincérité déconcertante il me dit qu’il pensait à moi, qu’il m’aimait (me citant Goldman), et je voulu savoir ce qui se cachait derrière tant d’émotions, tant de poésie, tant de mots. Mon esprit était sain, mon coeur devenait fou... Je lui demandai alors de venir à la maison, parce que si ce qu’il disait était vrai il était évident qu’il fallait nous voir. C’est ainsi que je tombai une nouvelle fois de haut, de très haut en constatant qu’il ne pouvait pas me répondre et gérer sa vie sur les sites de rencontres... Kenny avait changé. Toujours tiraillé entre ses sentiments et ses envies de liberté il ne savait plus être là sans être ailleurs. Il me fit penser à ce jeune homme qu’il était deux ans plus tôt, égoiste et égaré, pire encore, son attitude ressemblait à celle de Monsieur K juste après notre toute dernière rupture... La folie qui s’était emparée de moi soudain s’évanouit, et je me résolus à ne plus chercher en Kenny ce que je ne trouverais jamais. Malgré tous mes efforts je ne pourrais pas l’amener à traverser le pont pour suivre un nouveau chemin... C’est ainsi que prit réellement fin notre relation, sans générique mais avec seul mot “liste noire”. Le lien s’était brisé. Entre-temps j’avais parlé avec Monsieur K et les angles avaient commencé à s’arrondir... Le temps est un allié précieux. Il faut souvent s’armer de patience pour comprendre, avancer, pardonner, aimer... Il en va de même pour soi-même. Il y a quelques nuits j’ai fait ce songe merveilleux, d’une force émotionnelle indicible. Ce rêve n’avait duré que quelques secondes mais il n’en était que d’autant plus révélateur, et en outre je m’étais réveillé avec cette chanson qui mettait en exergue le message porté par ce rêve: “don’t stop believing”... Aujourd’hui, après ces constats significatifs, et même après cette énième déception de Kenny, je sais que finalement je n’en étais qu’au début. Ici ou ailleurs... mais ce serait un nouveau chapitre...
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